I.1
Le nuage n'a jamais existé — il n'y a que du silicium ailleurs
La perte de souveraineté n'est pas un accident, c'est une chaîne causale
La perte de souveraineté numérique n'est pas un accident, ni une décision isolée, ni une erreur de calcul. C'est une chaîne causale documentable, de la salle de classe où l'informatique s'enseigne déjà comme service abstrait, jusqu'au comité de direction qui signe un contrat cloud sans jamais avoir vu le bâtiment où tournent ses données. À chaque maillon de cette chaîne, un choix a semblé raisonnable pris isolément. L'addition de ces choix produit une dépendance structurelle à une poignée d'acteurs qui, eux, n'ont jamais perdu de vue la matière : ils possèdent les datacenters, les câbles, et de plus en plus, la conception des puces elles-mêmes.
◆ Le mot « nuage » comme premier acte de désincarnation
Le vocabulaire a précédé la dépendance. Appeler « cloud » un bâtiment de béton armé consommant autant d'électricité qu'une ville moyenne a rendu invisible, dès le choix des mots, l'existence même de la matière à maîtriser. On ne protège pas ce qu'on ne voit plus.
◆ Ce que ce volume appelle la matière
Le silicium et sa chaîne de fabrication, les serveurs physiques et leur cycle de vie, les bâtiments qui les abritent, les câbles qui les relient, l'énergie et l'eau qui les font fonctionner, et le droit qui s'applique à chacun de ces éléments selon le sol sur lequel il repose.