UNE QUESTION SIMPLE
SI VOUS NE GARDEZ PAS VOTRE PLOMBERIE, QUELQU'UN D'AUTRE LA PREND
Ces bâtiments, ces câbles, ces disques durs n'appartiennent à personne par hasard. Quelqu'un les a construits, quelqu'un les possède, quelqu'un en fixe les règles. Et un constat simple s'impose : un terrain technique laissé vacant ne le reste jamais. Si la France et l'Europe ne construisent pas, n'entretiennent pas, ne forment pas assez de monde pour faire tourner leur propre plomberie numérique, quelqu'un d'autre la construit à leur place — et en garde les clés.
◆ CE N'EST PAS N'IMPORTE QUI QUI ATTEND
Aujourd'hui, ce ne sont pas des dizaines d'acteurs différents qui se partagent cette plomberie mondiale. Ce sont surtout trois entreprises américaines — Amazon (AWS), Microsoft (Azure) et Google — qui possèdent déjà l'essentiel des grandes usines numériques dans le monde. Plus un pays ou une entreprise renonce à maîtriser sa propre infrastructure, plus la part qui reste libre se réduit — et plus ce qui se construit de nouveau a de chances de revenir, par défaut, à ces trois mêmes acteurs.
◆ UN DÉTAIL QUI EN DIT LONG
Pendant qu'on nous explique que les serveurs et les câbles, c'est "de l'ancien monde", ces trois mêmes entreprises dépensent chaque année des dizaines de milliards de dollars pour construire... des serveurs et des câbles. Béton, cuivre, fibre, terrains, centrales électriques dédiées : elles investissent massivement dans exactement ce que d'autres ont arrêté de financer. Si c'était un secteur dépassé, ça ne vaudrait pas autant d'argent. Elles savent très bien ce qu'elles font ;)
◆ POURQUOI TROIS PROPRIÉTAIRES, C'EST DIFFÉRENT DE TRENTE
Si cent entreprises différentes possédaient chacune un petit bout du réseau d'eau de votre ville, perdre l'un d'entre eux ne changerait pas grand-chose : il en resterait quatre-vingt-dix-neuf autres. Mais si trois seulement possèdent déjà la quasi-totalité du réseau, leurs décisions — un prix qui change, une règle qui se durcit, une panne chez l'un d'eux — touchent d'un coup une part énorme de tout ce qui dépend de l'eau. C'est exactement ce qui se joue avec le numérique : moins il y a de propriétaires différents de la plomberie, plus chacun d'eux compte, et plus il devient grave de leur laisser, en plus, ce qui reste à construire.