CONTRACTUELLE
Anatomie Complète
fondée sur l'analyse comparative de dix-neuf études juridiques
des CGV AWS · Google Cloud · Microsoft Azure
Ultimatum hyperscalers : 8 septembre 2026 · Opération Dindon
Ces contrats ne sont pas mal rédigés. Ils sont parfaitement rédigés — pour un objectif précis qui n'est pas celui du client. Un contrat commercial ordinaire encadre une relation d'échange mutuellement bénéfique. Ces contrats ont pour objet de maximiser le coût de sortie tout en minimisant le coût d'entrée. Ce n'est pas un effet secondaire. C'est la fonction principale. Chaque clause analysée s'explique immédiatement dès qu'on lit le contrat avec cet objectif en tête plutôt qu'avec celui d'un acheteur de bonne foi.
Les Reserved Instances coûtent 30-40% moins cher que le on-demand. La réduction est réelle. Elle s'obtient au prix de la non-résiliabilité. Le client échange sa liberté contre une réduction tarifaire — choix rationnel à court terme qui devient piège à moyen terme. La machine ne force pas — elle convainc.
Le contrat signé renvoie aux Product Terms. Les Product Terms renvoient au DPA. Le DPA renvoie aux SLA. Les SLA renvoient à une documentation en ligne modifiable unilatéralement. La clause la plus contraignante se trouve toujours plusieurs couches en dessous du document signé.
La menace de suspension suffit à décourager toute contestation. Pas besoin de l'utiliser — son existence est le levier. Azure MOSA Section 3.c est plus protecteur : préavis 30 jours pour non-paiement — seul point où Azure est meilleur qu'AWS.
Le ministère de l'Éducation nationale, signataire d'un accord-cadre de 152 M€, renonce contractuellement à des droits légaux européens sans que cette renonciation lui soit présentée dans sa langue.
L'entrée dans le cloud est gratuite (ingestion = 0). La sortie est tarifée. La machine sépare soigneusement le contractuel du tarifaire pour maximiser l'opacité au moment de l'engagement. Data Act art. 25 : clauses faisant obstacle au changement de fournisseur = inopposables.
APIs propriétaires : Lambda/Cloud Functions/Azure Functions = interfaces non standardisées. Migration sans réécriture impossible.
Services managés : BigQuery/Redshift/Azure Synapse = dialectes SQL propriétaires, formats non portables. 10 ans de requêtes = projet de plusieurs mois pour migrer.
Effet réseau superlinéaire : passer de 10 services interconnectés coûte beaucoup plus que 10× le coût d'un seul. Chaque service supplémentaire augmente le coût de sortie de l'ensemble.
Raison I — Échelle : AWS+GCP+Azure = 65%+ du marché mondial. Ce qui est normal pour un acteur parmi dix devient abus de position dominante pour un triopolle. GWB §19a · CA 1998 s.18 · L.442-1.
Raison II — Asymétrie d'information : les egress fees ne sont pas dans les CGV. La renonciation à la Directive 2018/1972 est en anglais uniquement. Constitutive du modèle, pas accidentelle.
Raison III — Violations du droit positif : Loi Toubon · art. 1171 CC · Data Act art. 23-25 · Directive 2018/1972. Des clauses illégales ne constituent pas un modèle commercial agressif — c'est un modèle non conforme.
Raison IV — Conception délibérée : rédigés par des équipes juridiques de premier rang, testés dans plusieurs juridictions, modifiés régulièrement. La clause Waiver Directive 2018/1972 ne figure qu'en anglais par accident ?
Une clause abusive est un problème pour le juge civil. Un système conçu délibérément pour créer de la dépendance, s'appuyant sur des clauses illégales, à l'échelle d'un marché à 65% de concentration — c'est un problème pour le régulateur de concurrence. Le Bundeskartellamt §19a GWB, la CMA CA 1998 s.18 et la DGCCRF L.442-1 ont les outils pour adresser le niveau système. Ce document et les dix-neuf analyses qui le fondent constituent ensemble les deux faces du même dossier : clause par clause, et système cohérent. Les deux sont nécessaires pour que les régulateurs agissent.