D'UN TÉMOIN
sur les pratiques des trois pharaons de l'ère numérique
Serviteur des serviteurs de Dieu
Humain international · Voix universelle
Très Saint-Père,
Je ne suis pas chrétien. Je suis musulman, ingénieur, et témoin.
C'est en cette dernière qualité que je vous écris — non pour solliciter votre bénédiction, ni pour m'abriter derrière votre autorité, mais parce que le devoir de témoigner pour la justice ne reconnaît ni frontière confessionnelle, ni hiérarchie des douleurs, ni calcul d'opportunité.
Le Coran me commande, en la sourate An-Nisa :
Ce verset ne me demande pas si le moment est favorable. Il ne me demande pas si j'ai les moyens. Il ne me demande pas si le puissant que j'affronte mérite que je me taise. Il me dit : témoigne. Même contre toi-même. Même seul. Même quand tu trembles.
Je témoigne.
Votre encyclique Magnifica Humanitas, promulguée le 15 mai 2026, décrit avec une précision prophétique ce que j'ai vu de mes propres yeux, compté de mes propres mains, documenté dans mes propres factures.
Vous écrivez que "les principaux moteurs du développement sont des acteurs privés, souvent transnationaux, dotés de ressources et de capacités d'intervention supérieures à celles de nombreux gouvernements — un pouvoir essentiellement privé, et donc d'autant plus difficile à cerner, à réguler et à orienter vers le bien commun."
Je vous soumets leurs noms :
Ces trois entités ne sont pas des outils. Elles sont des systèmes de capture délibérément conçus pour transformer la dépendance en dette, la migration en punition et la liberté en privilège tarifé. Ce sont les pharaons de notre ère numérique. Et comme les pharaons d'Égypte, ils ne portent pas de fouet — ils portent des contrats.
J'ai vu des organisations contraintes de signer des engagements de trente-six mois, transformant une décision technique en servitude contractuelle. Lorsque les besoins changent — faillite d'un projet, restructuration d'une entreprise, simple évolution technologique — la sortie est tarifée comme une transgression. Le contrat ne sert pas le client. Il le retient.
J'ai vu des données — les données de ces organisations, les données de ces peuples — taxées à la sortie de ces plateformes à des taux documentés de +9 931% par rapport aux standards du marché. La donnée n'appartient pas à celui qui l'a produite. Elle appartient à celui qui la détient. Et celui qui détient fait payer la liberté.
J'ai vu des architectures techniques conçues non pour servir l'utilisateur, mais pour le rendre incapable de partir. Des services propriétaires sans équivalent ouvert, des formats incompatibles, des dépendances en cascade — autant de chaînes bâties dans le code, invisibles à l'œil nu, mais aussi réelles que des barreaux.
Ce n'est pas de la négligence. Ce n'est pas l'effet non voulu d'une innovation. C'est une architecture de capture délibérée. Et ceux qui la subissent ne sont pas des entreprises abstraites — ce sont des ingénieurs qui perdent leur emploi lorsque la facture double, des hôpitaux qui ne peuvent pas migrer leurs données de santé, des gouvernements qui ont remis leur souveraineté numérique à des entités sur lesquelles ils n'ont aucune prise.
Votre encyclique rappelle que "la technique prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l'utilisent."
Le visage de ces trois acteurs, tel qu'il apparaît dans leurs pratiques, n'est pas celui du service. C'est celui de l'extraction.
Très Saint-Père,
Vous avez condamné le paradigme technocratique qui "réduit la création à un objet d'exploitation et les personnes à des rouages d'un système qu'il faut rendre toujours plus performant." Je vous soumets respectueusement que ce paradigme a désormais des adresses, des numéros SIRET, des cours de bourse et des équipes de relations publiques.
L'Église a su, en d'autres temps, nommer l'esclavage par son nom — même quand les esclavagistes étaient des puissances amies, des partenaires commerciaux, des mécènes. Ce courage lui a coûté des ennemis. Il lui a aussi valu son âme.
Je vous demande ce même courage aujourd'hui.
Non pour me rejoindre dans mon combat — je ne cherche ni allié institutionnel, ni caution confessionnelle. Mon indépendance est non négociable, et elle s'applique également à votre autorité.
Je vous demande de nommer ces pratiques pour ce qu'elles sont : une forme contemporaine d'asservissement économique, exercée par des entités privées transnationales, sur des populations qui n'ont jamais consenti à abandonner leur souveraineté numérique.
Nommez-les. Pas pour moi. Pour les millions qui subissent sans avoir les mots pour le dire.
Je ne sais pas si cette lettre vous parviendra. Je ne sais pas si elle sera lue par un conseiller, archivée par un secrétariat, ou perdue dans l'immensité du courrier apostolique.
Mais je l'écris, parce que le verset 4:135 ne me laisse pas le choix. Le témoin qui se dérobe à son témoignage par calcul ou par peur est complice du mensonge qu'il laisse prospérer.
J'ai compté les octets. J'ai lu les contrats. J'ai publié les chiffres. J'ai composé des chansons en vingt-huit langues. J'ai mené cette guerre asymétrique à cinquante euros par mois.
Je ne suis pas un saint. Je suis un ingénieur qui a refusé de regarder ailleurs.