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SECTION 4 · LE CRA ET LA MÉTRIQUE
LE CRA, DE LA MAUVAISE MÉTRIQUE AU CLIMAT DE CONCURRENCE
Le compte-rendu d'activité, dans sa forme la plus répandue, demande de justifier le temps passé plutôt que le résultat produit. C'est, en premier lieu, une erreur de métrique. La sociologie du travail documente ce phénomène sous le nom de présentéisme : la valorisation du temps visiblement occupé au détriment du résultat réellement produit, qui pousse les individus à privilégier l'apparence d'activité plutôt que l'efficacité.
◆ LE PREMIER TEMPS — L'ERREUR DE MÉTRIQUE
Pour un SRE dont l'infrastructure tourne sans incident pendant une semaine entière, remplir un CRA classique devient un exercice contradictoire : soit il invente une activité pour justifier ses 35 heures, soit il documente honnêtement que tout a fonctionné sans lui, ce qui dans une culture du temps visible peut être lu comme un signal négatif plutôt que comme la preuve d'un travail d'ingénierie réussi en amont.
Ce premier déséquilibre, une fois installé dans la culture d'une équipe, ne reste pas une simple curiosité administrative. Il produit un second effet, plus profond : un climat de concurrence pour paraître occupé. Si la métrique reconnue récompense l'activité visible, les membres d'une équipe sont structurellement incités à se montrer mutuellement plus chargés que le voisin, plutôt qu'à coopérer pour que l'infrastructure commune ait le moins d'incidents possible.
◆ LE SECOND TEMPS — LE CLIMAT QUI SE NOURRIT DE LUI-MÊME
Ce climat de concurrence devient lui-même un problème indépendant de la métrique qui l'a produit. Une fois que "paraître occupé" devient une stratégie de visibilité individuelle, la coopération — partager une automatisation qui réduirait le travail de tous, documenter une solution pour que personne n'ait à la redécouvrir — perd de sa valeur perçue face à la simple démonstration personnelle d'activité. Le système qui devait mesurer la contribution finit par décourager la contribution la plus utile : celle qui rend le travail futur inutile.
Le CRA n'est donc pas seulement un symptôme d'une mauvaise métrique de départ. Il devient, une fois ce climat installé, un problème structurel à part entière, qui continue de produire ses effets même si l'on tente d'en corriger la formulation sans changer la culture qui l'a fait naître.